Réflexions


 

Réflexions

 


 

Les cygnes chantent avant de mourir

 

 

 

L’ émotion du spectateur est pour moi primordiale. Et elle doit avoir plusieurs phases.
Je tiens à une première approche de séduction provoquée par le merveilleux dans l’image première: les fleurs, les couleurs, les paillettes, la lumière… Un second regard révèlera la présence d’un objet central dans son décor. Alors, le regard bascule.

Je nome mes pièces des «pièges à séduction», ainsi, je fais basculer le regard du spectateur entre fascination première et dégout soudain.
L’émotion qui naît de ce basculement constitue la troisième phase, la plus complexe, la plus imprévisible. Elle est la quête insatiable de mon travail.

Je joue avec la mort, la déguise, la maquille, la sublime. Je cherche sa beauté que je mets en avant par des artifices, c’ est ainsi que je tente de dévier le macabre que renvoie une charogne. Alors, dans cette jonction que j’opère, entre le naturel et l’artificiel, je cherche une désacralisation de la mort.
Dans ses compositions florales, Bruegel l’Ancien peint des fleurs très ouvertes, trop ouvertes, presque trop mûres. Je cherche précisément cette limite qui est ce passage entre la beauté de la fleur épanouie et son pourrissement, ce qui voudrait dire être entre la composition florale et la décomposition florale.

Le dégout ne doit jamais prendre le dessus et la beauté doit se salir à peine.
Tenter de contrôler ces limites entre le naturel et l’artificiel, la beauté et le dégoût, la vie et la mort, n’est-ce pas ce que l’homme des sciences Jean Henri fabre nomme «l’heure bleue», le moment où tous les animaux nocturnes vont dormir et tous les animaux diurnes se réveillent. Moment d’espace sublime, espace entre nuit et jour, entre vie et mort.

Dans ces images séductrices, je cherche à provoquer chez le spectateur l’intuition d’une fin tout en lui rappelant la beauté éphémère qu’est la fragilité du vivant, un Memento Mori sugéré.


Interview

 

http://campusgrenoble.org/podcast/aperophonie-aurelia-zahedi-3-mai/