Publications


-Tu dois voir le jour à travers, 2017, Les éditions extensibles, sur la page, abandonnés, 2017, Paris. 
-Catalogue du Salon de Montrouge, Avril 2015, Montrouge.
-Catalogue Parcours de lʼArt Avignon, XX ème édition, 1995-2014, Avignon.
-Catalogue de la promotion 2013 de lʼEcole Nationale Supérieure dʼArt, Villa Arson, Nice.
 

 


 

affiche salon de Montrouge

 

http://www.salondemontrouge.fr/index.php/salon-2015

A propos d’Aurélia ZAHEDI

texte de Vincent Labaume

 

 Pas de deux
Douceur dramatique. La formule est d’Aurélia Zahedi et elle colle avec son boulot. Rien d’emblée qui choque ou blesse le regard, plutôt des choses qui séduisent et attirent : des autels chatoyants ornés de perles, un tapis de fleurs, une mare de paillettes, un bouquet dans un vase, des ballons de couleur qui volent en grappe, une branche d’arbre coupée qui s’égaye d’oiseaux… Bienvenue dans le monde jamais périmé du merveilleux de l’enfance. Ce n’est qu’à l’approchement desdits que survient le drame : un rat crevé pend au cœur de l’autel ; le bouquet est suintant de graisse d’huile de moteur ; les fleurs du tapis sentent le pourri du cimetière où l’artiste les a glanées ; un chevreau mort retient les ballons ; ce sont d’atroces squelettes de pigeons qui font les cons. Avant que l’écœurement vous saisisse, vous réalisez que le but de l’artiste pourrait avoir été de contraindre les contraires à vous amener au choc du dernier sursaut esthétique : devant la mort, je sens ma vie. S’agit-il d’une simple recharge littérale des vieilles vanités peintes d’autrefois, ou bien une moderne perversion baudelairienne à considérer le souffle froid de la charogne comme le fin du fin du très fin frisson de l’art ? Pour autant, pas plus que pour vous ou moi, la charogne n’est du goût d’Aurélia Zahedi. C’est l’état de mort, et lui seul, qui l’intéresse, et non celui de putréfaction ou de sépulture (pour reprendre une distinction de Renan) : l’état de mort s’adressant au sujet vivant qui lui fait face, tandis que la charogne sous sépulture ne s’adresse plus à personne en particulier. Les œuvres et installations d’Aurélia Zahedi sont dévolues à cet état par lequel elle prétend « désacraliser la mort » et la faire accéder au rang de beauté merveilleuse. Ce n’est pas tant le regardeur qu’elle cherche à piéger que la mort elle-même, cette Camarde qui rôde dans l’art, comme dans la vie, depuis son commencement. Mon Portrait squelettisé est une gravure à l’eau-forte de James Ensor, réalisée en 1889 à partir d’une photographie de lui, posant appuyé contre un miroir. L’eau-forte a creusé les chairs de l’image jusqu’à l’os mais le visage et le corps cadavérisés de l’artiste tiennent la même pose. L’instant de la mort semble être passé sur lui comme l’instant de l’image qui l’avait capturé, brouillant le face-à-face avec le rictus macabre de l’éternité. Parmi les dernières œuvres d’Aurélia Zahedi, sans cadavre d’animal cette fois, on remarque un moulage posé en l’air du pied nu en pointe de l’artiste, affleurant la surface d’eau noire d’une vasque elliptique (Héléade, 2014). Une installation sonore antérieure montrait des paires de chaussures fixées dans le mouvement d’une valse sur un parquet rivé à des palettes de chantier (Les Valseurs, 2013). Les pièges de mort sont ici dépouillés de leur dialectique, reste un pas à faire, un pas de deux avec l’œuvre, comme un homme libre. « L’homme libre trouve toujours une piste de danse. » Kierkegaard.
Dramatic sweetness. The formula is Aurélia Zahedi’s own, and it fits with her work. Nothing instantly offensive or shocking, but rather things that seduce and attract: shimmering altars decorated with pearls, a carpet of flowers, a pool of glitter, a bouquet in a vase, colourful balloons flying in clusters, a cut tree branch embellished by birds… Welcome to the never-expired world of childhood wonder! But at a closer look, these artworks yield their tragedy: a dead rat hangs in the heart of the altar; the bouquet oozes engine oil grease; the flowers give off the rot of the cemetery where the artist plucked them; a dead baby goat holds the balloons; horrifying skeletons of pigeons mess about on the branch. Before repulsion seizes you, you realize that the artist’s purpose may be to force opposites to make you experience the impact of a last aesthetic spasm: before death, I feel my life. Is it simply a literal refill of the traditional painted vanities of old, or a modern Baudelairian perversion that considers the carcass’ cold breath as the cream of the crop of the very refined thrill of art? Having said that, Aurélia Zahedi dislikes carrion as much as you or me. It is the state of death, and it alone, that interests her, and not that of putrefaction or burial (to quote a distinction by Renan): the state of death that addresses the living subject facing it, while a buried carrion no longer addresses anyone in particular. Aurélia Zahedi’s works and installations are devoted to this state and are meant to “desacralize death” and make it enter the rank of marvellous beauty. It is not so much the viewer that she seeks to trap, but death itself, the Grim Reaper that lurks in art, as in life, from the very beginning.
Mon Portrait squelettisé (skeletonized self-portrait) is an 1889 etching by James Ensor based on a photograph of the artist posing leaning against a mirror. The etching has eaten the flesh of the image to the bone, but the face and the corpse-like body of the artist keep the pose. The moment of death seems to have passed over him just like the moment of the image that captured him, blurring the face-off with the macabre rictus of eternity. Among Aurélia Zahedi’s latest works – this time free of dead animals – we see a mould of the artist’s bare foot standing on tiptoe emerging from the black water surface of an elliptical basin (Héléade, 2014). An earlier sound installation featured pairs of shoes frozen in a waltz step on a floor riveted to wooden pallets (Les Valseurs, 2013). The snares of death are here stripped of their dialectic: there is a step left to take, a pas de deux with the work like a free man. Paraphrasing Kierkegaard, “the free man always finds a dance floor”.
 

 


 affiche le sens de la vague

 

 

 

 http://old.villa-arson.org/index.php?option=com_content&view=article&id=443:les-diplomes-2012-pan-sp-1502025862&catid=20:diplome-de-la-villa-arson&Itemid=68
 

A propos dʼAurélia ZAHEDI,

texte de Stéphane Corréard, directeur du Salon de Montrouge à Paris.

 

« On entre dans une installation dʼAurélia Zahédi comme dans LʼEscarpolette de Fragonard, et on en ressort comme des caprices de Goya… « Je tiens à une première approche de séduction, provoquée par le merveilleux dans lʼimage, qui laisse place à une plus sombre amertume » reconnaît-elle. De loin tout nʼest que fleurs, danse, paillettes, mais de près ce sont des cadavres dʼanimaux et les souvenirs funéraires qui sautent à la gorge. Aurélia Zahédi revendique crânement la pratique artistique comme fabrique dʼillusions, de pièges à sentiments, mais à lʼapproche ses compositions cèdent la place à des décompositions, avatars contemporains des natures mortes ou des vanités dans La société du spectacle.
Tout ce qui, dans la peinture ancienne, chatoyait ou étincelait les compositions florales, le vernis, les flancs argentés de poissons à écailles, est étalé là, bien réel, sous nos yeux, sous notre nez aussi, putride, graisseux… Son Tapis de fleurs (2012) mêle vraies et fausses fleurs, mais toutes ont été ramassées au cimetière, et empestent soit la vieille poussière, soit le pourri. Idem pour sa gracile Danse macabre (2013) : foin dʼinsouciants volatiles sur la branche, car lʼarbre et les pigeons sont pareillement morts, et même momifiés. Le monde que nous promet Aurélia Zahédi est le nôtre, un monde en putréfaction qui se maquille outrageusement comme une courtisane fanée, mais ne parvient pas à dissimuler les os qui percent sous sa joue car elle nʼest plus quʼun squelette.
One enters Aurélia Zahédiʼs installation as if one were entering Fragonardʼs
« LʼEscarpolette », and one exits them as if exiting Goyaʼs « Caprices »… « I like to have a seductive first approach, which comes from the marvelous aspect of the image, before giving way to a darker bitterness », she admits. Seen from afar there are flowers, dance, glitter, but seen up close corpses of animals and funerary memories jump out at us. Aurélia Zahédi gallantly claims that artistic practice is a factory of illusions, of emotional traps, but upon closer inspection her composition become decompositions, contemporary avatars of the still lives and vanitas in « The Society of the Spectacle ».
Everything that was shiny or bright in classical painting, floral compositions, glazes, the silver scales of fish, is spread out here, completely real, before our eyes, before our nose as well, putrid, greasy… Her « Carpet of Flowers » (2012) mixes real and fake flowers, all of which have been picked in a cemetery, and reek either ofdust or of rot. The same is true of her sylphic « Danse Macabre » (2013) : instead of carefree birds on a branch, both the tree and the pigeons are dead, and even mummified. The world promised us by Aurélia Zahédi is our very own, a rotting world utrageously made up like a withered courtisan, who fails in hiding the bones jutting out from her cheeks, for she has become a mere skeleton. »